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Vous avez dit perchée?

Vous avez dit "perchée"?
18h et des secondes... Je ne saurai dire... je n'ai pas de montre ni mon téléphone portable... Heureuse d'avoir pédalé dans le vent, en faisant des pauses pour quelques photos de lieux si grandioses, entre ria et campagne...
18h et des secondes, je pose mon vélo contre la palissade de bois qui mène à la barre... non pas celle d'un bateau... mais c'est tout comme... Cette barre est faite de sable et de sel et m'emmène dans les recoins de tous les rêves permis. Ces rêves sont lovés au coin de mon coeur, au coin de mes lèvres, au coin de mes plis de paupières retroussées par l'effet de la lumière éblouissante en cette fin de journée.
18h et des secondes... mes pas dans le sable pour atteindre la barre d'Etel se sont suspendus net... comme un danger imminent... celui de franchir un interdit lourd de conséquences...
18h et des secondes... parmi les cris des mouettes, j'entends un haut-parleur grésillant qui lâche des bribes aiguës inaudibles... je me retourne et distingue un véhicule bleu, celui de toutes les peurs...
18h et des secondes... je vais à leur rencontre... ils sont deux dans la voiture... Le plus vieux, le plus hardi me regarde le sourire en coin et crie depuis son volant, au-dessus de l'épaule de son jeune collègue tenant le haut-parleur "La photo va vous coûter cher". Je m'approche et ouvre le dialogue. D'un seul coup, je suis heureuse de pouvoir parler à ces hommes que tant de monde craignent à l'heure actuelle ... Je leur explique que je ne fais rien de mal et que cette façon de m'approcher est disproportionnée. La conversation est lancée... les débuts sont hésitants... les minutes passant, je prends de l'aisance dans mes paroles et leur fais comprendre que nous sommes les mêmes tous les trois... des humains tout simplement. Seule contre deux... des avis différents... Pour autant, je ne lâche pas l'affaire. Eux parlent de morts, de chiffres et d'obéissance. Je rééquilibre leurs visions en parlant de vivants, d'informations chiffrées à remettre dans leur contexte, de liberté...
Le plus jeune semble remué quand je lui demande de retirer son uniforme (au figuré) pendant qu'il me parle. Il m'explique qu'il ne peut pas le faire à cet instant car c'est sa fonction qui demande à me parler sous forme d'invectives. Le plus vieux ricane et me nargue en me disant qu'il tient à son travail... Je les invite à nouveau de se penser non pas dans une fonction mais dans leur rôle de citoyens responsables... Ils trépignent de la tête, enfoncés dans leurs sièges, le moteur ronronnant... et finissent, au bout de 15 minutes bien tassées, par me dire "Au revoir" car si ma journée en extérieur est terminée pour moi, pour eux, elle ne fait que commencer...
18h et des secondes... j'ai improvisé dans ma justesse face à des hommes, qui, peut-être, en rentrant chez eux se souviendront de cette discussion pacifique.. où seul reste en jeu notre philosophie, celle de créer un monde de liberté avec des citoyens responsables et bienveillants.
18h et des secondes... je reprends mon vélo en pédalant dans un vent de liberté, seule au monde, couvre-feu oblige.

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